“Le Québec n’a pas la même histoire avec les pays d’Afrique que la France” – Corneille

En clôture du Mois de l’histoire des noirs, le Gala Dynastie récompense, depuis 2017, l’excellence des personnalités des milieux culturels, du divertissement, des médias et du sport issues des communautés noires. Corneille a été invité à participer au numéro d’ouverture de la soirée, qui aura lieu le 1er mars au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts.

Corneille a rapidement accepté l’invitation de participer à la prochaine édition du Gala Dynastie.

« Je me plains souvent du manque de diversité dans le milieu culturel et de la place qu’occupent les minorités visibles dans les médias de divertissement. C’était donc la moindre des choses d’accepter et de soutenir ce genre de projet. Il y a un engagement personnel encore plus fort. »

S’il souhaite plus de diversité dans le milieu culturel, Corneille ne souhaite pas de quota, mais plutôt une plus grande ouverture des médias et du public.

« La diversité a non seulement envie de se faire voir, mais elle a aussi réellement quelque chose d’intéressant et d’important à apporter à la culture québécoise de manière générale. Ce serait dommage de s’isoler. »

Différences historiques

Alors qu’il poursuit sa tournée en France jusqu’à la fin mars, Corneille est l’exemple parfait d’intégration et de visibilité des deux côtés de l’Atlantique. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il affirme qu’un homme de couleur ne vit pas tout à fait la même réalité en France et au Québec.

« L’expérience de la personne de couleur noire dans les pays à majorité blanche comprend énormément de similarités. Le sentiment d’écartement et d’exclusion qu’on peut ressentir est systémique, avec la paranoïa qui vient avec. Ce sont des choses que beaucoup de personnes de couleur noire vont ressentir. En France, il y a toutefois une proximité culturelle et historique plus forte avec les pays d’Afrique noire, ce qui peut parfois compliquer les choses. Les émotions peuvent s’en mêler rapidement. Il y a aussi une plus grande population de gens issus d’Afrique subsaharienne en France. »

Milieu inclusif

Si on ne prend en compte que le milieu de la musique, il y a beaucoup plus de place en France pour les personnes issues de la diversité.

« Quand on est Noir, on sent qu’on peut avoir sa place parce qu’il y a des créneaux alternatifs qui se sont développés, comme dans le hip-hop. On peut exister médiatiquement. »

La musique qui se vend le plus aujourd’hui est le rap, un style musical fortement influencé par des membres de la diversité.

« La culture hip-hop a dépassé la couleur et la race, c’est devenu une culture populaire. Ça facilite les choses en France quand tu allumes la télé et que tu vois que, dans le top 10 des meilleurs vendeurs, il y a beaucoup d’artistes noirs. » 

Mais tous les milieux ne connaissent pas la même ouverture.

« Ce n’est jamais parfait. Être noir et faire du cinéma en France, par exemple, c’est très compliqué, tout comme ici. Au Québec, on est encore loin de cette ouverture, que ce soit par rapport à la France, aux États-Unis ou même au Canada anglais, d’où l’importance du Gala Dynastie. »

Moins de voyages

Plus personnellement, Corneille confirme qu’il n’a jamais eu de problème pour se faire accepter en France au début de sa carrière.

« Il y a une compréhension plus naturelle et organique de ce que je représentais. En France, un africain n’est pas un ovni. Il peut être menaçant pour un raciste, mais c’est un être avec lequel il faut composer. C’est plus familier. C’est une question d’histoire. Le Québec n’a pas la même histoire avec les pays d’Afrique que la France, mais il reste que la diversité reste un enjeu des deux côtés. »

Après sa tournée en Europe, le chanteur limitera ses déplacements.

«Les enfants vont maintenant à l’école et ils ne peuvent plus me suivre en tournée. Ça recadre pas mal mes activités et mon calendrier. Je vais donc prendre une petite pause du voyage. Je vais rester au Québec, mais ce ne sera pas nécessairement pour travailler sur un nouvel album, je n’en ressens pas encore le besoin.» 

Source : 7 jours